des nouvelles de Lapérouse (insane lectures #9)

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Du nouveau dans l’énigme du naufrage de l’expédition Lapérouse

(insane lectures #9)

Un ouvrage en forme de jeu de piste sur les traces historiques et archéologiques des survivants de l’expédition Lapérouse.

C’est une des énigmes de mer les plus célèbres. Que sont devenus les quelque 200 marins et scientifiques de l’expédition Lapérouse, disparue corps et biens en 1788 à Vanikoro, dans les îles Salomon, au nord du Vanuatu ?

Parties de Brest en 1785, la Boussole et l’Astrolabe, les deux frégates de l’expédition commandée par Jean François de Galaup, comte de La Pérouse, devaient permettre à la France de se hisser au niveau de l’Angleterre de James Cook. Les objectifs, à la fois diplomatiques, commerciaux et scientifiques, étaient nombreux. Le trajet ambitieux. Le cap Horn vaincu, les navires reconnurent les côtes orientales des Amériques, complétèrent l’exploration des côtes asiatiques, puis cinglèrent vers les dernières terres inexplorées du Pacifique Sud. C’est là qu’on perd leur trace. Et que l’histoire, entre traditions orales, écrits partiaux de navigateurs et intrigues des chasseurs de trésor, cède la place au mystère.

Archéologue et historien du Pacifique, Jean-Christophe Galipaud entreprend de le dissiper dans un ouvrage coécrit avec la journaliste Valérie Jauneau. Grâce aux travaux d’un groupe de passionnés et de l’Institut de Recherche pour le Développement, le dossier Lapérouse est désormais solidement étayé. Plusieurs fouilles archéologiques ont permis de reconstituer le scénario de l’après-naufrage et de redécouvrir formellement le campement des rescapés. Les sources historiques, dont certaines inédites, ont elles aussi livré leur part de vérité.

Des pistes brouillées

En donnant à voir en creux combien cette reconstitution fut délicate, ce livre-enquête permet de sentir la complexité du travail de l’historien. Dès après le naufrage, la tourmente de la Révolution française relègue la recherche de survivants au second plan, laissant libre cours aux spéculations et à la rumeur. Ce n’est que quarante plus tard que le baroudeur irlandais Dillon puis le Français Dumont d’Urville, qui admire « les héros de savoir plus que de batailles », localisent les traces matérielles du naufrage. Tous deux recueillent les témoignages d’un événement vivace dans les mémoires, mais les interprètent de façon subjective. Entre 1880 et 1930, marins des Nouvelles-Hébrides voisines, appâtés par un hypothétique trésor, ou administrateurs de l’île plus ou moins férus de sciences, exhument des pièces sans concertation ni méthode. Ces fouilles sauvages brouillent encore un peu plus les pistes…

Dans cet écheveau de sources, le lecteur pourra être décontenancé par la structure d’ensemble de l’ouvrage et sera parfois en mal de repères. Mais le livre, qui emprunte le ton du récit d’aventure, est aussi une invitation à lâcher prise et à se laisser porter à travers les époques. Les riches illustrations qui le composent pour moitié aideront à l’immersion. Gravures, photographies d’époque, ou tableaux réalisés lors des fouilles par le peintre de marine Michel Bellion, offrent une immersion complète à Vanikoro.  Et témoignent des rudes conditions d’existence sur l’île, pour les chercheurs comme pour les naufragés avant eux.


Les très nombreux vestiges exhumés éclairent les efforts des rescapés pour organiser leur escale impromptue avant de tenter de repartir. Dans un coin du campement, la porcelaine et le verre, dans un autre les instruments scientifiques. A l’écart, les armes et munitions, pour leur défense face aux tribus indigènes. Si certains restèrent sur l’île, la plupart connurent probablement un destin plus funeste…

« A-t-on des nouvelles de Monsieur de La Pérouse ? » aurait demandé Louis XVI au moment de passer sur l’échafaud. Ce livre permet de répondre par l’affirmative. Tardivement, mais de fort belle façon.

Jean-Christophe Galipaud et Valérie Jauneau, Au-delà d’un naufrage, les survivants de l’expédition Lapérouse, Actes-Sud/Errance/IRD, 288 p., 30,00 €

Article publié le 30 juin 2012 dans Le Monde, cahier sciences et techno.

Un entretien avec Jean-Christophe Galipaud  sur le site de l’Institut de Recherche pour le Développement

De belles photos des fouilles sur le site du photographe Teddy Seguin

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  1. silver account Says: octobre 17, 2012 at 4:40

    Une partie du mobilier de fouilles provenant de Vanikoro se trouve au Musée de l’Histoire maritime de Nouvelle-Calédonie à Nouméa. Les archives réunies sur Lapérouse et le mystère de sa disparition sont considérables.

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