une vision caricaturale de l’évolution (hs#2 : PEARL JAM, Do the Evolution)

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Ralentissons quelque peu le tempo mais pénétrons plus franchement en territoire scientifique pour ce deuxième opus de Headbanging science avec le morceau-programme Do the Evolution, de Pearl Jam.

 

headbanging science,la rubrique musicale des titres qui ont (presque) un rapport avec la science : #2 PEARL JAM – DO THE EVOLUTION

 

Vocalement, on préfèrera une version live, celle de l’album Live on 2 legs, par exemple, où Eddie Vedder, parolier et chanteur du groupe, atteint vraiment des sommets, mais le clip se laisse regarder et véhicule quelques idées assez intéressantes à décrypter.

Image de prévisualisation YouTube

L’évolution est expédiée dans les 30 premières secondes du clip, grâce à un combo décisif : division cellulaire / poisson / dinosaure / gentil singe – méchant singe / homo sapiens… Et nous voilà aux croisades, prélude à une longue chaîne d’atrocités, plutôt bien mises en cartoon par l’auteur de comics Todd McFarlane (Spawn).

Parmi les commentaires sur le clip glanés ci et là figurait celui-ci : « la quintessence de la représentation de l’évolution ; il résume ce que bien des discours de vulgarisation auraient du mal à faire ressortir en quelques minutes ». Ah bon ?

 

 

Passons sur les images et les raccourcis utilisés pour illustrer l’évolution de la vie. Attardons nous plutôt sur la vision de la nature humaine que véhicule le clip. Elle est a minima très caricaturale si ce n’est totalement obsolète : en substance, la nature humaine est foncièrement mauvaise ; parvenu « au sommet de l’évolution » (I’m ahead, I’m a man,I’m the first mammal to wear pants, yeah, chante Vedder), l’homme s’arroge tous les droits, à commencer par celui d’annihilier son prochain ainsi que toutes les autres espèces.

 

Au vu du clip, difficile de donner tort à cette vision. En ayant à l’esprit qu’elle est purement sociale et politique et, donc, sans grand fondement scientifique.

Dans l’essai Dix mille actes de gentillesse (in Comme les huit doigts de la main), Stephen J. Gould décortique admirablement ce complet décalage entre faits et interprétation sociale, grâce au concept d’asymétrie des conséquences :

« Alors pourquoi la plupart d’entre nous ont-ils l’impression que les gens sont si agressifs et de façon si intrinsèque ? La réponse, je crois, est dans l’asymétrie des conséquences – c’est le côté vraiment tragique de l’expérience humaine. Par malheur, un seul incident violent peut aisément annuler, dans notre perception, dix mille actes de gentillesse, et nous pouvons facilement oublier la prédominance de la gentillesse par rapport à l’agression, en confondant conséquences et fréquence. »

Une fois dissipée l’équivoque, on aura compris que Do the Evolution nous parle moins de science que de projet politique. Vedder déclarait : « Cette chanson s’adresse à tous ceux qui sont ivres de technologie, qui pensent qu’ils sont la forme de vie dominante de cette planète. » Il ajoutait qu’elle était sa chanson préférée sur l’album Yield, « parce qu’elle porte en elle la philosophie dont est issue ce disque ». A savoir, beaucoup d’inspirations anti-tout (guerres, religions, génocides, racisme, misogynie, technologies…), tirées de la lecture du roman Ishmael de Daniel Quinn.

Daniel Quinn est un écrivain, éco-philosophe et futurologue (sic) américain qui a inspiré les mouvements d’anarchisme vert et d’anarcho primitivisme, mouvements (je m’autorise à les confondre, ils en seraient certainement furieux) qui, partant du principe que la terre ne peut pas nourrir six milliards d’habitants (Quinn est sur cette ligne), en arrivent à prôner le rejet de la domestication de l’environnement (agriculture et élevage), le rejet de la science moderne et mécaniste, la critique de la technologie (ce qui va probablement au-delà de la pensée de Quinn)…

Face à ces dérives idéologiques, on pourra rappeler deux choses :

  • Qu’il n’existe pas de séparation entre technologie et vie « naturelle » : la vie « naturelle » est indissociable de l’acte de modifier son environnement, caractéristique de l’espèce humaine comme du castor
  • Que la gentillesse et la violence font toutes deux partie de notre nature, pour reprendre Gould. Mais que la première est plus fréquente que la première : « la stabilité sociale règne presque tout le temps et doit nécessairement être fondée sur l’écrasante prédominance (bien que tragiquement non reconnue) des actes de bienveillance, ce qui veut dire que ce dernier comportement est donc notre attitude préférée la plus habituelle, presque tout le temps. »

Lorsque l’on googlise « Eddie Vedder » et « Charles Darwin » (ce qui n’arrive quand même pas souvent), on ne trouve qu’un point commun entre les deux hommes : tous deux font prétendument partie des célébrités végétariennes !

Sauf que c’est faux dans le cas de Darwin. Décidément, Do the Evolution n’a donc qu’un rapport très lointain avec l’évolution…

Mais peu importe, c’est une putain de bonne chanson, qui a réussi l’exploit en son temps d’intégrer les charts américains et canadiens alors qu’elle n’était même pas sortie en single !

Les lyrics

Do the Evolution

Woo..

I’m ahead, I’m a man
I’m the first mammal to wear pants, yeah
I’m at peace with my lust
I can kill ’cause in God I trust, yeah
It’s evolution, baby

I’m at piece, I’m the man
Buying stocks on the day of the crash
On the loose, I’m a truck
All the rolling hills, I’ll flatten ’em out, yeah
It’s herd behavior, uh huh
It’s evolution, baby

Admire me, admire my home
Admire my son, he’s my clone
Yeah, yeah, yeah, yeah
This land is mine, this land is free
I’ll do what I want but irresponsibly
It’s evolution, baby

I’m a thief, I’m a liar
There’s my church, I sing in the choir:
(hallelujah, hallelujah)

Admire me, admire my home
Admire my son, admire my clones
‘Cause we know, appetite for a nightly feast
Those ignorant Indians got nothin’ on me
Nothin’, why?
Because… it’s evolution, baby!

I am ahead, I am advanced
I am the first mammal to make plans, yeah
I crawled the earth, but now I’m higher
2010, watch it go to fire
It’s evolution, baby
Do the evolution
Come on, come on, come on

Lyrics : Eddie Vedder / Music : Stone Gossard

Do the evolution with Pearl Jam

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  1. Wolfmalheur Says: février 9, 2011 at 9:10

    Joli cip en effet qui me rappelle « Il était une fois… » remixée comics américains. La chanson illustre bien le souhait de Vedder et sa bande de se « dégrungiser » laissant clairement entrevoir son influence stoogienne et l’évacuation des gimmicks vocaux qui ont fait beaucoup, en leur temps, la marque Pearl jam. Autant je trouve la démarche saine, autant je ne peux m’empêcher de penser que le groupe y perd en identité et originalité, ce qu’il gagne en liberté et férocité. La thématique est par contre dans la continuité de leur répertoire « humaniste »et de la dernière escapade solo de Vedder sur l’excellente bande son, du non moins excellent film de Sean PENN « Into the wild ».
    Bon YOUTUBE a déjà restreint la lecture de la vidéo via le BLoug, nouvelle menace pour son hégémonie. Sinon ce « M. Gould » est-il parenté avec l’ illustre bassiste californien accompagnateur de J.BIAFRA & the Guantanamo school of medicine (meileur nom de groupe du moment) en solo ?
    Do the (R)evolution !

  2. caperycle Says: mai 31, 2012 at 7:56

    ce que je cherchais, merci

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