ils sont fous ces éléphants (hs#11: TOY DOLLS, Nelly the Elephant)

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Animal social, intelligent, dirigé par se émotions et ayant semble-t-il conscience de la mort, quoi d’étonnant à ce que l’éléphant, devienne fou lorsqu’on le pousse à bout, au point de piquer de véritables rages sanguinaires ?

headbanging science #11 : TOY DOLLS – NELLY THE ELEPHANT

 

Vous l’aurez noté, dans les blagues et énigmes pour enfants mettant en scène des éléphants, le comportement de ces derniers est souvent étrange : ils ont peur des souris, laissent des traces de pattes dans le beurre lorsqu’ils vont dans le frigo et pas moyen d’en mettre 4 ensemble dans une 2 CV. Et si les éléphants étaient tout simplement zinzins ?

Face à ce sujet de poids, le bLoug a recouru à l’avis d’un groupe d’experts : les TOY DOLLS. Cette troupe de punks semi-rigolos emmenés depuis 1979 par leur chanteur-guitariste emblématique Olga s’est en effet illustrée en 1984 avec le succès de son single Nelly the Elephant.[1] Ou l’histoire d’une éléphante de cirque (intelligente) qui en eut soudain marre et décida de briser ses chaines pour envoyer tout valdinguer. La choré vintage donne ça :

Image de prévisualisation YouTube

 

L’image de l’éléphant dingo est assez répandue dans la culture populaire. Une étude sur les représentations de la folie chez Walt Disney [2] ne manque pas de relever que la mère de Dumbo (un éléphant au comportement lui-même bizarre puisqu’il vole) est une éléphante de cirque cloitrée parce qu’elle a été jugée – à tort – comme une « mad elephant. » Autres indices d’un psychisme instable : la pièce de l’éléphant dans le jeu d’échec originel s’est mué en fou à son arrivée en Occident. Le jazzman Sonny Rollins est surnommé l’éléphant fou. Et qu’exprime donc l’artiste Miquel Barcelo avec cette sculpture :

 

C’est quoi ce cirque ?

L’histoire de Nelly chantée par les Toy Dolls reste amusante. La réalité l’est sans doute moins. Les éléphants de cirque ont une longue tradition de pétages de plomb. Nous avons déjà évoqué Flopsy, une éléphante qui avait eu le malheur de tuer quelques piétons en 1903 et fut aussitôt électrocutée (et filmée) par Edison, bien décidé à promouvoir le courant continu par tous les moyens. D’autres pensionnaires ont suivi : Punch, propriété du cirque Pinder, fusillé par l’armée en 1911 après être devenu incontrôlable ; plus près de nous, Janet abattue en 1992 après être devenue furieuse à l’issue d’une représentation du Great American Circus, ou Tyke du cirque des Shriners, fusillé à la suite d’un coup de folie à Honolulu en 1994.

Le site code-animal milite pour un cirque sans animaux et a recensé les éléphants actuellement sur la piste. Sa vision est évidemment éléphanto-orientée mais il n’en relève pas moins certains éléments intéressants. A commencer par le fait que les éléphants de cirque devenus fous ont le plus souvent une histoire commune : une capture à l’état sauvage puis une détention et un dressage coercitifs… et surtout un mode de vie souvent solitaire fort inapproprié pour cette espèce éminemment sociale.

Ne reculant devant rien, le bLoug a reconstitué l’évasion d’un éléphant de cirque pris d’un accès de rage ayant conduit au meurtre de son dresseur :

 

Elephants vs. humans

Les coups de folie des éléphants de cirque n’ont donc rien de surprenant. Mais qu’en est-il en milieu naturel ? Depuis de nombreuses années, les attaques d’éléphants sauvages contre les hommes se multiplient, tant en Inde qu’en Afrique.

Ce phénomène des « rogue elephants » (des « éléphants sauvageons », dirait M Chevènement) est bien distinct du coup de sang qui saisit les mâles en période de musth (phénomène tout à fait naturel quoique mal compris et qui se traduit par une agressivité soudaine et brutale).Ce qui est en jeu dans ces attaques s’apparente plus à un jeu de pouvoir entre hommes et éléphants – et ces derniers paraissent bien se venger de nous, littéralement.

Lisons ce témoignage d’une attaque délibérée, concertée et motivée d’un village du Sri Lanka par un éléphant :

A couple of days later I visited a village near by that had been demolished by a herd of elephants. It looked like an earthquake had hit it. It wasn’t just the traditional flimsy bamboo huts that had suffered. Twenty-foot palm trees had been uprooted from the ground. The villagers told us the elephant herd had stood patiently by while a single male wreaked all this destruction on his own. And they were in no doubt about why he did it. The road had cut through the elephants’ traditional migration route. They were making a new route, and were not happy at finding the village in the way. (source The Independant)

 

On aura compris que les éléphants ne sont pas très subtils dans leur politique d’aménagement du territoire. Mais comment interpréter leur comportement ?

jusqu'ici, tout va bien... (© aliocha)


Pour les biologistes, l’agressivité des éléphants envers les humains n’a rien en commun avec celle qu’ils témoignent à leurs congénères dans les conflits de territoire : elle serait purement intentionnelle et viserait expréssément à tuer. Les causes sont profondes : les agresseurs seraient des éléphants ayant été traumatisés par l’homme des années auparavant, par exemple en assistant au massacre de leur famille par des braconniers. Les rescapés n’oublient pas et ont, longtemps après, la défense dure. Le coût de leur courroux est élevé : les pertes humaines se chiffreraient à plusieurs centaines chaque année – pas étonnant quand on sait qu’un éléphant est une masse de 4 mètres qui peut peser jusqu’à 6 tonnes et vous foncer dessus à plus de 40 km/h.

 

... là, ça se complique...

Pour les chercheurs, les animaux souffriraient d’un syndrome de stress post traumatique (SSPT) comparable au nôtre. C’est l’idée développé par la zoologue américaine Joyce Poole dans une étude par dans Nature en 2005 [3] :

African elephant society has been decimated by mass deaths and social breakdown from poaching, culls [systematic killing to control populations], and habitat loss. Wild elephants are displaying symptoms associated with human PTSD,

… et partagée par Isabel Gay A. Bradshaw, qui travaille sur les points communs des traumatismes humains et animaux :

In these transformed landscapes, the life of an elephant is fraught with violence. Poaching is intensive, and the larger elephants of a group are culled systematically for their ivory. It is increasingly more difficult to maintain elephant community coherence. Orphaned elephants are left to die unless they can be rescued. The marks of trauma are found everywhere. [4]

 

Poussés dans leurs retranchements, leurs espaces naturels réduits aux acquêts en raison de l’urbanisation et de la destruction des milieux forestiers, les éléphants ne font finalement que répliquer là où d’autres espèces disparaissent sans bruit. Pour ne rien arranger, la « haine des humains » devient un fait culturel et se transmet aux jeunes, qui se comportent comme leur parents. Une sorte de haine héréditaire là aussi assez humaine et peut-être le début d’une vendetta ?

 

 

Bonus science

Une étude parue dans le British Medical Journal en 2009 a démontré que l’écoute de Nelly the Elephant favorise une bonne réanimation cardiopulmonaire ! Grâce à son tempo idoine, le morceau permet en effet de maintenir plus facilement un rythme de 100 compressions de la poitrine par minute. Un conseil : ayez donc toujours Nelly the Elephant dans votre Ipod.

 

Bonus poésie

Solitude, ô mon éléphant.
Couleur de cendres sarrasines,
Le chagrin me cerne de près,
Emmène-moi dans la forêt
Dont les larmes sont de résine.

(Louise de Vilmorin, Solitude, ô mon éléphant, 1972)

 

[1] Initialement sorti en 1982, Nelly the Elephant est en fait une reprise d’une chanson pour enfants écrite en 1956 et assez populaire dans l’Angleterre des années 1960. Ce fut le seul réel succès des Toy Dolls.

[2] Images of madness in the films of Walt Disney, Psychiatric Bulletin (1996), 20, 618-620.

[3] Nature 433, 807 (24 February 2005)

[4] Not by Bread Alone: Symbolic Loss,Trauma, and Recovery in Elephant CommunitiesSociety and Animals, Volume 12, Number 2, 2004 , pp. 143-158(16)

 

Nelly the Elephant – lyrics

To Bombay
A travelling circus came
They brought an intelegent elephant
and Nellie was her name
One dark night
she slipt her iron chain, and of she ran
to Hindustan and was never seen again
oooooooooooooooooo…
Nellie the elephant pack her trunk and
said goodbye to the circus
of she road with a trumety trump
trump trump trump
Nellie the elephant packed her trunk
and trumbled of to the jungle
of she road with a thrumety trump
trump trump trump
Night by night she danced to the circus band
When Nellie was leading the big parade she looked
so proud and grand
No more tricks for Nellie to performe
They taught her how to take a bow and she tooked
to crowd by storm
oooooooooooooooooo…
Nellie the elephant pack her trunk and
said goodbye to the circus
of she road with a trumety trump
trump trump trump
Nellie the elephant packed her trunk
and trumbled of to the jungle
of she road with a thrumety trump
trump trump trump
The head of the heard was calling far far away
they meet one night in silver light
on the road to Mandaley
oooooooooooooooooo…
Nellie the elephant pack her trunk and
said goodbye to the circus
of she road with a trumety trump
trump trump trump
Nellie the elephant packed her trunk
and trumbled of to the jungle
of she road with a thrumety trump
trump trump trump

 

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  1. ADX – Pachydermus, 2011

  2. Black Eyed Peas – The Elephunk theme, 2003

  3. Great post.

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