l’Aliocha en prend pour son clade

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Vous avez du mal à faire le distinguo entre les grades et les clades, entre la systématique évolutionniste classique et la systématique phylogénétique ? Pas de problème, l’Aliocha, assez friand de bêtises, a bien compris qu’il n’en prend désormais plus « pour son grade » lorsqu’il se fait gronder, mais pour son « clade ». Ses explications sur l’apport de la systématique phylogénétique :

que ce soit pour mon grade ou pour mon clade, c'est pas juste...

La recherche d’une descendance est liée au concept de grade (forgé par Thomas Huxley). Le grade renvoie à une échelle temporelle des êtres, ordonnée du plus simple au plus complexe (les primates au sommet et l’homme au sommet des primates). Les fossiles du passé sont considérés comme les ancêtre potentiels d’animaux actuels qui leur ressemblent globalement, mais qui ont évolué malgré tout. L’idée logiquement fausse de « fossile vivant » procède de cette confusion temporelle.

La notion de grade a longtemps persisté du fait de la valeur que nous attribuions à notre propre espèce. Dans le cadre de la théorie synthétique de l’évolution élaborée au cours des années 1930 et 1940, la systématique évolutionniste a classé les espèces à partir de leurs ressemblances et avec des idées préconçues sur une séquence évolutive menant jusqu’à l’homme, matérialisées par les grades.

Avec l’apparition de la cladistique, ou systématique phylogénétique, on abandonne la notion de grade au profit du clade (du grec klados, branche). La classifications devient la stricte conséquence d’une histoire évolutive et les ressemblances entres espèces l’expression d’une relation de parenté, non d’une descendance.

C’est au zoologiste et entomologiste allemand Willi Hennig (1913-1976) que l’on doit les règles logiques de la systématique phylogénétique. Le système hiérarchisés de valeurs qui justifiait les grades (complexité, niveau adaptatif…) n’a plus cours. Le statut du fossile change : on ne l’agence plus sur un arbre généalogiques en tant qu’ancêtre d’une espèce vivante mais on le considère au même titre qu’une espèce vivante pour déterminer leur apparentement. La systématique phylogénétique cherche à mettre en place des groupes monophylétiques, c’est-à-dire composés d’un ancêtre hypothétique commun et de l’ensemble de ses descendants (ce qui pose des problèmes pour les groupes usuels tels que les reptiles et les poissons, non cohérents).

Les arbres phylogénétiques, ou cladogrammes, relient les espèces en fonction de leurs ressemblances, les embranchements traduisant une parenté fondée sur le partage de caractères uniques et non une spéciation. Selon l’expression de Guillaume Lecointre, « le cladogramme dit « qui partage quoi avec qui » et donc « qui est plus proche parent de qui » et non pas « qui descend de qui » ». La question n’est donc plus : « L’homme descend-il du singe et lequel ? » Mais : « De quel singe l’homme est-il le plus proche parent ? Et quels caractères partage-t-il avec lui ? »

Comparaison entre classifications classique et phylogénétique. Dans cette dernière le groupe des poissons n'existe plus. Le « poisson » Cœlacanthe est plus proche des humains que de la truite, comme le montrent les études en phylogénie. Source wikimédia commons / toony via Wikimedia Commons

 

Dans Les origines de l’homme expliquées à nos petits-enfants, Pascal Picq utilise ce dialogue avec sa jeune interlocutrice pour résumer l’apport de la systématique phylogénétique :

« As-tu un frère ou une sœur ?
– Oui
– Tu es bien d’accord que c’est la personne qui te ressemble le plus au monde ?
– Bien sûr !
– Et pourquoi ?
– Trop facile, parce que nous avons les mêmes parents.
– Eh bien, Darwin dit que c’est exactement pareil entre les espèces. Avec la systématique évolutionniste, tu dirais que tu descends de ton frère ou de ta sœur ; avec la systématique proposée par Darwin et que l’on appelle aujourd’hui systématique phylogénétique, tu dis que toi et tes frères et sœurs descendez des mêmes parents. »

Simple, non ? Merci l’Aliocha.

 


Ce texte s’appuie sur deux petits ouvrages tout à fait recommandables :

  • Hervé Le Guyader, Classification et évolution, Le Pommier, 2003
  • Pascal Picq, Les origines de l’homme expliquées à nos petits-enfants, Seuil, 2010
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  1. Merci !! Je ne voyais pas bien la différence entre les deux, tout est plus clair maintenant :)

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