le Mékong ne passera pas par les barrages – part#1

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Compte tenu des risques pour les écosystèmes et surtout pour l’avenir social et économique des populations riveraines du Mékong, la construction de barrages sur le cours principal du fleuve est provisoirement gelée.

1ère partie

On a du mal à imaginer à quoi peut ressembler le « ouf » de soulagement d’un poisson-chat géant de 3 mètres de long et pesant 350 kilos… mais on a pu entendre assez distinctement celui des défenseurs de cet emblème de la biodiversité lorsqu’il a été décidé, en octobre dernier, de suspendre les projets de barrages sur le Mékong pour une période de dix ans.

Cette décision constitue la recommandation essentielle d’un rapport d’experts rendu public par la Commission du fleuve Mékong (MRC), organe consultatif intergouvernemental regroupant la Thaïlande, le Laos, le Cambodge et le Vietnam. Ce rapport examinait en détails les avantages, coûts et impacts de la construction projetée de douze barrages hydroélectriques dans la zone dite du Bas-Mékong (la partie inférieure du fleuve), jusqu’alors exempte de tout barrage sur le cours principal.

293 kg de poisson-chat

Il est des raisons évidentes de se réjouir de cette décision. D’abord parce que l’ensemble de la région constitue un réservoir d’espèces impressionnant. Navire-amiral de la biodiversité, le poisson-chat géant traîne ainsi dans son sillage une véritable cour des miracles : un poisson-vampire, un autre qui joue les aspirateurs, une grenouille qui chante, un oiseau chauve, et une orchidée carnivore pouvant atteindre la bagatelle de sept mètres de long. En tout, 145 nouvelles espèces ont été répertoriées dans le Mékong en 2009, un taux de découvertes quasiment sans égal dans le monde.

une légende laotienne veut que les poissons-chats géants se rassemblent chaque année dans une grotte et décident quels poissons migreront vers le nord pour pondre et quels poissons devront se sacrifier aux pécheurs

Les barrages font peser une menace réelle sur la biodiversité : ils perturbent ou détruisent des habitats naturels et fragmentent les écosystème, empêchant les migrations d’espèces aquatiques. Mollusques, amphibiens et oiseaux seraient fortement impactés, ainsi que les tortues, les crocodiles, les loutres, ou encore le dauphin du Mékong, avec à la clé, pour certaines espèces endémiques, une extinction totale.

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La situation est sans doute encore plus préoccupante pour les poissons. Avec 781 espèces actuellement recensées, le Mékong constitue le deuxième réservoir de biodiversité au monde pour les poissons, après l’Amazone. Les experts mandatés par la MRC estiment que 50 % des espèces de poissons pourraient disparaître dans certaines zones. Émeline Hassenforder, présidente de l’association Entre Deux Eaux, a pour sa part analysé différents projets de coopération transfrontalière autour de l’eau. Au sujet du Mékong, elle souligne le rôle important joué par le lac Tonlé Sap, au Cambodge : « Pendant la saison sèche, l’eau s’écoule du lac et vient alimenter le fleuve. Pendant la saison des pluies, le flux s’inverse et le lac triple en taille. Il s’agit d’une sorte d’éponge naturelle, qui permet de réguler le cours du fleuve et qui est capital pour la migration des poissons. » Première menace pour la migration des poissons, ce système vital du Tonlé Sap serait mis à mal par les barrages. Puis les barrages eux-mêmes constitueraient des obstacles évidents se succédant sur le parcours des poissons vers leurs zones de frai, sans solution d’aménagement opérationnelle compte tenu du nombre d’espèces différentes concernées et de la hauteur prévue des constructions.

à suivre : 2ème partie – l’économie de la pèche et l’agriculture

en savoir + : la commission du fleuve Mékong

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