le Mékong ne passera pas par les barrages – part#2

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La construction de barrages sur le cours principal du Mékong est provisoirement gelée (1ère partie) ; c’est une bonne nouvelle pour la biodiversité ; qu’en est-il pour la pèche et l’agriculture ?

Au-delà de l’enjeu environnemental, la raréfaction des poissons est surtout une question de survie pour les populations riveraines, pour qui la pêche représente une ressource alimentaire cruciale. Chaque année, 2,1 millions de tonnes de poissons sont capturées dans la région, soit près de 20 % de la production mondiale ! Cette activité intense serait sévèrement touchée par les barrages : moins 600 000 tonnes par an, soit des prises amputées de près de 30 % ! Les lieux de pêche nouveaux que constitueraient les réservoirs des barrages ne compenseraient qu’un dixième de ces pertes.

Et cela ne s’arrête pas là : à terme, la réduction importante des flux de sédiments et de nutriments aurait aussi des répercussions sur les ressources côtières, et affectera iten particulier le Vietnam, pays où ce type de pèche est en plein essor. Quant à l’aquaculture, elle serait aussi menacée, faute de nourriture pour les poissons d’élevage… Plus qu’une ressource alimentaire, c’est en fait toute l’économie de la région qui vacillerait, la pêche conditionnant la survie d’une multitude de petites activités en amont (bateaux, production de sel et de glace…) et en aval (toute la filière agro-alimentaire).

Les populations locales ont-elles conscience de leur précarité ? Pour avoir visité différentes communautés de pêcheurs au Cambodge, Émeline Hassendorfer (Entre deux eaux) relève que « certains pêcheurs, qui servent de point-relais aux programmes du MRC, sont plus impliqués et plus conscients des enjeux ». Mais, dans leur grande majorité, on a affaire à des communautés isolées. « Leurs membres ne vont jamais dans les grandes villes et ne sont même pas au courant des projets de barrages », reconnaît-elle.

La pêche n’est pas la seule activité menacée. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’agriculture ne profiterait pas des barrages. Les nouvelles capacités d’irrigation ne permettraient pas de compenser la perte de terres exploitables inondées. Par ailleurs, les apports en nutriments naturels (phosphates) diminuant à cause des retenues d’eau, le recours aux engrais irait croissant, ce qui représenterait un surcoût délicat à supporter. Globalement, c’est donc la sécurité alimentaire des riverains qui se trouverait menacée.

Un cortège de conséquences néfastes pourrait compléter ce tableau : déménagement de 100 000 personnes qui perdront leur maison et leur terres, risques de pollution, accélération de la déforestation, repoussoir pour le tourisme… Mais il s’agit là d’une liste de périls assez générique, qui n’a rien de très spécifique à la situation du Mékong…

à suivre : 3ème partie – économie et politique énergétique

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