Les Grandes Expériences scientifiques à Paris, Frédéric Borel

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Paris, capitale de la science

La rubrique livres du bloug, épisode 16

Si l’on a coutume de faire de Paris la capitale de la mode, du tourisme ou de la gastronomie, on y pense moins comme à un haut lieu de l’histoire des sciences. C’est pourtant dans un laboratoire urbain bouillonnant de création que nous entraîne Frédéric Borel dans Les grandes expériences scientifiques à Paris, ouvrage qui revisite trois siècles de science dans la capitale.

Ce Paris où se façonne la science moderne est celui d’inventions célèbres, du saut de puce au-dessus de l’herbe de Bagatelle de l’aéroplane de Santos-Dumont à la pile de Volta en passant par le pendule de Foucault, mais aussi celui de tentatives parfois rocambolesques de savants moins connus. Lorsque Jacques Alexandre Bixio et Jean-Augustin Barral s’envolent des jardins de l’Observatoire le 29 juin 1850, c’est pour effectuer une véritable litanie de mesures destinées à l’étude de l’atmosphère, mais aussi pour vivre une véritable aventure : atteignant 6000 mètres, les aérostiers entaillent leur ballon qui se dilate dangereusement, les couvrant « comme un chapeau », et subissent alors nausées et vomissements causés par le gaz ainsi qu’une chute vertigineuse qui les laisse miraculeusement indemnes dans l’actuelle Seine-et-Marne.

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Les Joliot-Curie ont découvert la radioactivité artificielle à Paris en 1934. Que se serait-il passé s’ils avaient vécu à Knokke-le-Zoute ? se demande Étienne Klein dans la préface. La question reste ouverte, car le livre de Frédéric Borel se contente de suggérer l’importance de la capitale en tant que théâtre de démonstrations publiques – la science se donne alors à voir – et lieu de pouvoir où les découvertes sont entérinées. Ainsi les frères Montgolfier montrent-ils au public leur ballon à air chaud à Annonay, en Ardèche, mais c’est à Paris, puis Versailles, que leur aérostat entre dans l’histoire. Spectateurs, les Parisiens se muent parfois en acteurs. Pour exprimer leurs craintes, comme les riverains de l’abattoir de Grenelle, en 1841, effrayés à l’idée que leurs habitations basculent dans un sous-sol vidé de sa substance à cause du premier puits artésien, qui extrait surtout… du sable. Ou leur mécontentement, comme ces citoyens en pleine tourmente révolutionnaire qui sabotent les installations destinées à mesurer le méridien de Paris.

Professeur de physique-chimie, Frédéric Borel vulgarise les principes sous-jacents à ces expériences, grâce à une rubrique « un peu de physique » (et aussi de chimie ou de mathématiques), très abordable et enrichie de nombreux graphiques et schémas. On regrette par contre qu’il y ait peu d’éléments de cartographie et pas d’index des lieux. Mais les illustrations d’époque et photos du Paris contemporain permettront au lecteur de se forger ses propres représentations. Longeant en Vélib’ le Luxembourg, il pensera à la première démonstration publique de la draisienne, en 1818, cette nouvelle machine capable de parcourir 600 mètres en moins de 3 minutes. Sous la Tour Eiffel, il se souviendra, levant le nez, que Gustave Eiffel précipitait du deuxième étage, 110 mètres plus haut, de lourdes sphères cylindres et cônes pour ses tests d’aérodynamique… De quoi donner envie d’« expérimenter » Paris autrement.

 

Les Grandes Expériences scientifiques à Paris, Frédéric Borel, éditions Parigramme, 208 pages, 19,90€.

Critique publiée dans Le Monde (Science et médecine) du 5 mai 2013

 

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