Ozzy Osbourne, Néandertal ou pigeon ? (hs#18 BLACK SABBATH, Never Say Die)

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Ce headbanging science n°18 ne pouvait échapper à Black Sabbath, dont la venue prochaine à Clisson pour le Hellfest (dans la version hélas fortement tronquée Ozzy and friends) devait être dignement fêtée. Choisir un titre était une autre paire de manches. Ce sera finalement Never Say Die, une injonction prétexte à nous plonger dans les secrets du génome d’Ozzy « Néandertal » Osbourne…



Extrait de Never Say Die!, huitième album, sorti en 1978, le titre est un des rares morceaux presque joyeux du quatuor de Birmingham – écoutez-moi ce final, on dirait presque du Status Quo ! Par dessus le marché, la vidéo est de bonne qualité, avec un Ozzy fringuant tout de satin blanc à franges boudiné :

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Le titre aurait été choisi collectivement pour résumer la première décennie de carrière du Sab’ : ne jamais renoncer (l’ironie veut que le titre fut le dernier single écrit avec Ozzy, qui renonça au groupe pour entamer sa carrière solo).

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L’expression résume aussi assez bien, et de façon plus littérale, l’inoxydabilité du sieur Osbourne, célèbre pour ses abus d’alcool (et de drogues) au long cours. [Pour mémoire, Ozzy, jeune et sobre, c’était ça :]

Au sujet de ses assuétudes multiples, Ozzy a écrit dans les colonnes du Sunday Times, en 2010 :

Étant donné les piscines de gnôle que j’ai englouties toutes ces années – sans parler de toute la cocaïne, de la morphine, des somnifères, du sirop pour la toux, du LSD, du Rohypnol… et de tout ce que vous voulez – il n’y a vraiment aucune raison médicale plausible pour que je sois encore en vie.

Avant d’ajouter :

Lorsque je mourrai, je devrais faire don de mon corps au Muséum d’Histoire Naturelle.

[Ce qui pourrait donner quelque chose comme ça :]

Faute de pouvoir admirer l’animal empaillé dans la Grande Galerie de l’Évolution (ce qui peut tout de même faire peur aux jeunes visiteurs), il était toujours possible de s’intéresser à son ADN afin de comprendre comment Ozzy avait pu ne jamais renoncer et survivre à tous ses excès. Ce qui nous amène, doucement, vers notre sujet : bien évidemment, quelques chercheurs avides d’expériences limite eurent l’idée incongrue de séquencer la bête….

 

Neandertal & Jesse James à Pompéi

En l’occurrence, la société Knome, aka « The Human Genome Interpretation Company », une firme américaine (Cambridge, Massachusetts) spécialisée dans la génétique médicale, qui propose ses services aux chercheurs et à l’industrie pharmaceutique et biotechnologique – ainsi, donc, qu’aux particuliers très particuliers. Candidat au séquençage de son ADN, Ozzy n’a pas vraiment saisi tout de suite pourquoi on voulait lui soutirer un peu sang :

Au début, j’étais très impliqué parce que j’avais mal compris ce qu’on m’expliquait : je croyais qu’on allait me dire quand j’allais mourir, afin que je puisse l’éviter.

l'instant précis où Ozzy (à droite) apprend que sur les trois milliards de paires de bases chimiques qui constituent son identité génétique, pas une seule n'est sobre

Publiés en 2010, les résultat des tests furent aussi fracassants qu’un riff de Sabbath : le génome d’Ozzy recelait des traces d’ADN néandertalien ! Cette nouvelle n’appelait qu’un bâillement poli puisque Ozzy se révélait terriblement banal sur ce plan (je renvoie à cet article de Libération pour ceux qui n’ont pas été prévenus des fricotages interspécifiques de leurs lointains parents) Mais elle allait faire les choux gras de sites people et musicaux sur le mode : « Ozzy est un Néandertal, c’est prouvé« . Ou : « l’ancêtre d’Ozzy était un Néandertal« .

Nous ne nous attarderons pas sur cette déformation médiatique : l’article de Damien Jayat a déjà décortiqué ce buzz. Rappelons simplement la proximité opportune de cette annonce avec la publication, quelques mois plus tôt (mai 2010, dans Science) des résultats du séquençage d’une grande partie du génome de l’Homme de Néandertal par l’Institut Max Planck (Leipzig, Allemagne). Gageons que si Homo sapiens avait partagé des gènes avec une quiche lorraine plutôt qu’avec Néandertal, la communication de Knome au sujet d’Ozzy aurait eu un tout autre accent – ils avaient du reste ce que l’on peut interpréter comme des billes de rechange : une parenté avec Jesse James et des Romains ayant péri à Pompéi (où un Black Sabbath antique était probablement en tournée)…

On soulignera aussi que les raccourcis abusifs relatifs à un ancêtre néandertalien ne doivent guère étonner : bien que les évolutionnistes aient cessé depuis longtemps d’utiliser le mot «ancêtre» pour situer un fossile identifié dans l’arbre des êtres vivants, la presse scientifique n’a pas toujours cette précaution (ainsi La Recherche titrait-elle son dossier d’octobre 2011 : Néandertal notre nouvel ancêtre).

 

La tumeur est un moteur

Mais là n’est pas l’essentiel. On en a beaucoup moins parlé, mais Sharon (Mme Osbourne), a elle aussi été séquencée en même temps que Monsieur. Et ses motivations étaient beaucoup moins embrouillées : rescapée d’un cancer du côlon, ayant des antécédents familiaux Alzheimer, Sharon Osbourne se faisait bêtement du mouron pour sa santé. Une préoccupation également invoquée par Ozzy, diagnostiqué depuis quelques années de tremblements proches des symptômes de Parkinson.

C’est donc bien de santé qu’il s’agit. Et peut-être aussi un peu de business….

Comme l’énoncent du reste clairement les patrons de Knome dans une interview à CNN :

Les cibles à potentiel de notre société sont les consommateurs, qui commencent à se faire à l’idée que le séquençage de leur génome pourrait les aider à mieux prendre soin d’eux et de leurs familles.

Pour atteindre ces cibles, deux « moteurs de croissance bien identifiés : les tumeurs cancéreuses et les enfants » (le couple Osbourne étant concerné par les deux, sans qu’on sache ce qui le préoccupe le plus).

Pour ce qui est du cancer, les espoirs (commerciaux) formalisés par les boss de Knome s’énoncent ainsi :

Le potentiel en cancérologie pour ce type de recherche est élevé. Les chercheurs pourraient par exemple identifier la signature de tumeurs qui ne se sont pas encore développées. On pourrait ainsi les surveiller plus tôt, en contrôlant l’apparition de variants génétiques dangereux dans les tissus des patients, ce qui permettrait d’intervenir avant que les cancers se développent.

le seul problème du séquençage, c'est la prise de sang

Si ces prémisses d’un traitement préventif sur mesure offrent évidemment des perspectives médicales immenses, constatons tout de même que tout n’est pas encore opérationnel. Pour ne parler que de gens bien, feu Christopher Hitchens (dont nous avions parlé pour un tout autre sujet) a soumis son ADN aux bons soins de la firme afin de trouver une parade au cancer de l’oesophage dont il était atteint. Les analyses ont bien permis de détecter une mutation dans ses cellules cancéreuses, et d’y associer un médicament ciblé. Hélas, ledit médicament approprié faisait déjà partie du traitement du journaliste (qui en était quand même au stade IV de sa maladie), décédé par la suite après un semblant de rémission.

Au-delà des promesses qui restent à tenir, difficile également de ne pas craindre les risques d’«eugénisme 2.0 » liés aux avancées de la génétique, récemment dénoncés dans une tribune du Monde (7 avril 2012) par Laurent Alexandre, précurseur de l’internet médical en France avec le site Doctissimo, et par ailleurs président de DNAVision, sorte d’alter ego de Knome et leader des services de génétique et de génomique appliquée.

espoir de l'eugénisme canin : bientôt la fin des chiens ridicules ?

Premier facteur de risque : l’effondrement des coûts. Là où les analyses du génome d’Ozzy étaient annoncées à 40000 $ en 2010, Knome met en avant, en 2012, une prestation Premium à 4998 $. Une sacrée chute qui met la solution à la portée de plus d’un rockeur, à laquelle fait écho Laurent Alexandre qui évoque « l’effondrement du coût du séquençage ADN, divisé par trois millions en neuf ans. »

Deuxième facteur, corollaire du premier : la facilité, ce qui devrait permettre aux techniques de dépistage génétique de se généraliser avant 2020. Selon le boss de DNA Vision :

Nous sommes déjà sur un toboggan eugéniste sans nous en être rendu compte […] Il est possible de réaliser, dès à présent, un diagnostic génomique complet du fœtus à partir d’une simple prise de sang chez la future maman. Un puissant algorithme, mis au point par l’équipe du professeur Dennis Lo (Université de Hongkong), spécialiste du dépistage génétique, permet de différencier les séquences ADN du futur bébé et celles de la mère.. Des milliers de maladies pourront être dépistées systématiquement pendant la grossesse sans faire courir de risque à l’enfant.

Un espoir ? Certainement. Mais aussi, selon A. Laurent, une « bombe éthique et politique passée complètement inaperçue ».

C’était bien la peine qu’Ozzy s’emploie à faire le clown, tiens ! D’autant qu’on ne sait toujours pas pourquoi, génétiquement lui, plus que tout autre, est capable de ne jamais renoncer. Comme l’a si bien dit sa femme Sharon : « A la fin du monde, il ne restera plus que des cafards, Ozzy et Keith Richards. »

C’est un futur peu prometteur mais cela nous fournit au moins le nom du prochain cobaye :

 

Black Sabbath, Never Say Die – lyrics

People going nowhere, taken for a ride
Looking for the answers that they know inside
Searching for a reason, looking for a rhyme
Snow White’s mirror said « partners in crime! »
Don’t they ever have to worry?
Don’t you ever wonder why?
It’s a part of me that tells you
Oh, don’t you ever, don’t ever say die
Never, never, never say die again
Sunday’s satisfaction, Monday’s home and dry
Truth is on the doorstep, welcome in the lie
All dressed up in sorrow, got no place to go
Hold back, ’till it’s ready, taking it slow
Don’t they ever have to worry?
Don’t you ever wonder why?
It’s a part of me that tells you
Oh, don’t you ever, don’t ever say die
Never, never, never say die again
Don’t you ever say die
Don’t you ever say die
Never say die
Panic, silver lining, writing’s on the wall
Children get together, you can save us all
Future’s on the corner, throwing us a die
Slow down, turn around, everything’s fine
There’s no need to have a reason
There’s no need to wonder why
It’s a part of me that tells you
Oh, don’t you ever, don’t ever say die
Never, never, never say die again

 

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  1. Avec tout le respect qui se doit, je me suis toujours demandé quelle était la part de jeu quand Ozzy apparait comme un misérable déchet non recyclable dans son rentable spectacle de TV réalité. Morceau choisi : http://www.youtube.com/watch?v=tIPQO5WEoVA
    Y’aurait aussi beaucoup à dire sur la Sharon.
    Glob

    • laurentbrasier Says: juin 4, 2012 at 9:12

      Ce genre d’images est effrayant. Mais c’est une preuve que les animaux ne sont pas faits pour être en captivité…

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