la vie sur Mars (hs#28, DAVID BOWIE, Life on Mars?)

Encore inconnu, David Bowie aurait dû adapter les paroles en anglais du Comme d’habitude de Claude François. Plus préoccupé par la sortie de ses propres compositions, il se fit souffler la politesse par Paul Anka, qui commit My Way, propulsé par Sinatra. Dépité d’avoir laissé filer 100 balles, Bowie se rattrapa avec un Mars et écrivit Life on Mars?, un morceau paru sur l’album Hunky Dory en 1971, qu’il décrivit en gros comme un My Way, mais en mieux. Life on Mars? ne connut le succès que deux ans plus tard, une fois sorti en single. Le classieux clip réalisé par Mick Rock magnifiant un Bowie bleu azur dont les yeux et les lèvres maquillés ressortent du fond blanc y est peut-être pour quelque chose :

Life on Mars? est tout sauf une chanson ordinaire. Déjà, elle m’oblige à commencer ce headbanging science en citant Claude François, que j’estime musicalement à peu près autant qu’un cancrelat à qui on aurait octroyé un banjo. Ensuite, si vous entendez les accords de My Way dans Life on Mars?, vous, c’est que vous avez une oreille musicale que je n’ai pas. Enfin – et on s’en douterait presque à la vue de ce clip… lunaire –, Life on Mars? ne parle pas du tout de Mars. À vrai dire, Life on Mars? ne parle même pas d’espace. Autant dire que, pour poursuivre cette chronique scientifique, il va me falloir sortir la pelle…


De quoi parle le sublime texte de Bowie ? Il s’agit de la complainte d’une jeune ado désabusée par la société de consommation et du spectacle, et plus largement par la violence et la vacuité de l’American Way of Life. L’interrogation Is there Life on Mars? résonne comme un appel au secours adolescent : « Dites-moi qu’au moins il y a quelque chose ailleurs – de toute façon ça ne peut pas être pire qu’ici. »

Sans écrire une ligne sur le sujet, Bowie a pourtant tout exprimé sur le rapport que nous entretenons avec la planète rouge. L’homme se demande s’il y a de la vie sur Mars parce qu’il désespère de la sienne sur Terre. L’envie de vie sur Mars est une déprime adolescente. En voici quelques indices.

Mars, planète soeur

Mars faisant partie des cinq planètes visibles à l’œil nu est observée depuis que les hommes ont des yeux. Sa couleur rouge sang – et peut-être sa trajectoire erratique dans le ciel – lui vaut d’être associée à la guerre et à la destruction plutôt qu’à une quelconque oasis de vie dans une tripotée de cultures antiques. On a alors plutôt envie de laisser la planète rouge – et la vie qui s’y trouve – tranquille.

Ceci jusqu’à ce que les observations de William Herschel, à la fin du XVIIIe siècle, puis celles de son fils John, la fassent voir d’un autre œil. Mars possède des saisons, des calottes polaires qui fondent en été, des taches et des traînées sombres qui pourraient bien être des mers et des détroits, bordant des masses rougeâtres ou jaunes qui doivent être des continents. Toutes proportions gardées, dès le premier quart du XIXe siècle, les astronomes sont persuadés que Mars présente des analogies étroites avec la Terre. Ce que Camille Flammarion résume ainsi :

« Continents, mers, îles, rivages, presqu’îles, caps, golfes, eaux, nuages, pluies, inondations, neiges, saisons, hiver et été, printemps et automne, jours et nuits, matins et soirs, tout s’y passe à peu près comme ici. » (Flammarion, 1891)

C’est beau comme le guide du routard. Les conditions semblant idéales, pourquoi ne pas postuler l’existence de la vie sur Mars, et même d’une vie intelligente ? Flammarion n’y va pas par quatre chemins et avance que la planète est peuplée de races non seulement intelligentes, mais encore supérieures à nous.

Notice: réglage des canaux

Si Flammarion s’emballe ainsi, c’est parce qu’en 1877, en 1879 puis en 1881, profitant d’excellentes conditions d’observation lors d’oppositions particulièrement favorables, l’astronome italien Giovanni Schiaparelli a mis en évidence des structures rectilignes ou formant des arcs de très grands cercles qui zèbrent des planètes : des « canaux », dont certains font près de 3000 km.

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Schiaparelli n’est pas n’importe qui, il est directeur de l’observatoire de Milan et par ailleurs excellent cartographe, si bien que les cartes qu’il exécute convainquent une partie des astronomes qu’il y a bien une espèce intelligente peuplant Mars et s’amusant à jouer à SimCity grandeur nature. À partir de 1894, le riche astronome amateur Percival Lowell en rajoute une couche. Il se fait construire son propre observatoire en Arizona et se lance dans l’étude des canaux martiens. Il les aligne frénétiquement, recouvrant la planète d’une véritable toile d’araignée.

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Il faut relever ici que tous les astronomes sont loin d’être convaincus par cet étalement de tuyauteries martiennes. Pour une bonne raison : certains arrivent à les observer, d’autres non. Pourquoi tout le monde ne voit-il pas la même chose ?

Pour les esprits charitables, les observateurs persuadés de voir des canaux sur Mars sont victimes de la médiocre qualité de leurs instruments : l’observation s’effectue aux limites de la résolution instrumentale et durant les quelques fractions de seconde qui laissent entrevoir la surface. Ils sont dès lors abusés par des phénomènes d’illusion d’optique tout ce qu’il y a plus de naturels. C’est l’explication que propose l’astronome grec naturalisé français Eugène Michel Antoniadi, qui, grâce à la grande lunette de l’observatoire de Meudon et à un œil particulièrement exercé pour interpréter ombres et contrastes pour en déduire les reliefs, fut le grand démystificateur des canaux de Mars. Voici ce que Antoniadi voit par exemple le 20 septembre 1909 :

antoniadi_20_sept_909

C’est déjà nettement moins rectiligne (et plus joli), n’est-ce pas ? Si quelque chose construit des canaux là-haut, c’est sans doute après avoir abusé du genépi, ou de son équivalent martien. Dans l’ouvrage La planète Mars publié en 1930, Antoniadi compare deux représentations de la région d’Elysium. Celle du haut est un dessin de Schiaparelli. Celle du bas son propre croquis synthétisant plusieurs observations. Les lignes rectilignes observées par Schiaparelli et ses confrères ne sont en fait, pour Antoniadi, que des alignements de taches plus ou moins régulières, donnant l’illusion de former des lignes :

canaux_antoniadi

Pour l’essentiel, il semble surtout que les observateurs convaincus de l’existence d’une vie sur Mars voyaient tout simplement ce qu’ils avaient envie d’y voir. Ce n’étaient ni Schiaparelli ni Lowell qui plaçaient leur œil sur l’oculaire, mais la « fille aux cheveux de souris » de David Bowie.

Petits arrangements avec l’habitabilité

Il n’y a pas que chez les astronomes qu’une fillette sommeille. Puisqu’il est question de vie, les biologistes ont aussi leur mot à dire sur Mars, par exemple l’illustre Alfred Russel Wallace (oui, le codécouvreur du principe de la sélection naturelle). Celui-ci eut une vie fort longue qu’il mit à profit pour disserter sur toutes sortes de sujets, dont celui assez général de la pluralité des mondes habités (Man’s Place in the Universe, 1903) et celui plus particulier de l’habitabilité de Mars (Is Mars Habitable? 1907).

Is Mars Habitable? est considéré comme un texte scientifique pionner dans le champ de l’exobiologie, mais il y aurait sans doute à redire sur son objectivité. La biographie de Wallace écrite par Peter Raby, qui vient de sortir en français (Alfred R. Wallace, l’explorateur de l’évolution, Éditions de l’évolution) ne consacre qu’un paragraphe à cette œuvre oubliée de Wallace, présentée comme une « riposte cinglante » à la théorie des canaux martiens défendue par Lowell. Voici comment Wallace critique la démarche adoptée par Lowell :

« Il part du postulat que les lignes droites sont des œuvres d’art et, plus il en trouve, plus il voit dans leur abondance la preuve qu’il s’agit bien d’œuvres d’art. Ensuite, il s’emploie à tordre et déformer routes les autres observations afin qu’elles correspondent à son postulat. »

Ainsi que le note Raby, « Cette critique aurait très bien pu s’appliquer à sa propre défense du spiritisme ». Et sans doute à l’entièreté de l’ouvrage qui, sous couvert de recherches poussées pour parvenir à une analyse du climat et des conditions atmosphériques sur Mars d’allure scientifique, est avant tout la tentative d’un nonagénaire, anthropocentriste impénitent, pour démontrer coûte que coûte que la Terre est la seule planète de l’univers où la vie a pu se développer.

Wallace n’accepte pas l’idée que la vie ait surgi par accident, ni qu’elle puisse disparaître un jour par l’effet des mêmes causes évolutives (il est bon de se rappeler ceci à la lecture de textes cherchant un peu trop ostensiblement à mettre Wallace sur un strict pied d’égalité avec Darwin pour minimiser l’apport de celui-ci…).

goldilocks

On pourrait croire que les critères d’habitabilité définis par les astronomes modernes qui traquent les exoplanètes échappent aux biais de notre propre conception du vivant, terrestre et extra-terrestre. Rien n’est moins sûr si l’on suit Ian Stewart qui, dans Les mathématiques du vivant (Flammarion, 2013), notamment, aborde la notion d’habitabilité sous l’angle des mathématiques pour nous faire comprendre les difficultés que pose sa définition.

La loi de Planck, explique-t-il, permet de déterminer la température d’une planète gravitant autour d’une étoile, donc de déterminer les frontières intérieures et extérieures de la zone habitable, c’est-à-dire là où il ne fait ni trop chaud ni trop froid, mais juste bien pour autoriser le développement de la vie à condition qu’elle mette une petite laine quand ça fraîchit le soir. Il existe deux versions de la formule de calcul, avec ou sans albédo (la fraction du rayonnement réfléchie par la planète). Avec un albédo à 0,3 (valeur terrestre), la zone habitable du Soleil s’étend de 69 millions à 130 millions de kilomètres. Mercure, située à 58 millions, est hors jeu : trop chaude. Mars, à 228 millions de kilomètres, l’est aussi : beaucoup trop froide. Mais la Terre, à 150 millions de kilomètres, l’est aussi ! Et seule Vénus, à 108 millions de kilomètres, serait habitable. Paradoxe : la seule planète habitable, celle qui est sous nos pieds, est en dehors de la zone habitable de son étoile… Amis Vénusiens, bonjour.

Le concept d’une zone habitable qui ne tiendrait pas compte des caractéristiques particulières des planètes, en particulier de leur atmosphère, est donc trop simpliste. Mais notre conception du vivant (intuitivement, quelque chose qui nous ressemble) doit aussi être revue. Les organismes extrémophiles terrestres, note Ian Stewart, vivent dans des conditions qui ne correspondent pas à celles de la zone habitable :

« dans une eau dont la température dépasse le point d’ébullition normal ou descend sous son point de fusion normal. Ni très au-delà ni très en deçà des conditions qui définissent la zone habitable, mais au-delà et en deçà tout de même. »

L’idée d’une vie sur Mars, fût-elle passée, ne donc être abordée qu’en connaissant parfaitement les caractéristiques de la planète. Et c’est bien pour ça qu’on y envoie crapahuter des rovers, en attendant que nous puissions nous y rendre nous-mêmes. Mais c’est là que ça se complique…

Y aura-t-il de la mort sur Mars ?

Selon Philippe Labrot, qui tient le site nirgal.net, « la découverte définitive d’une vie martienne ne pourra pas avoir lieu avant que des roches ne soient ramenées dans les laboratoires terrestres pour y être examinées. » La faute aux moyens et aux conditions d’analyse forcément limitées des robots, seuls sur la planète rouge. Pourquoi ne pas se rendre sur Mars et mener ces analyses sur place ? Simplement parce qu’il faudrait éviter à tout prix la contamination des écosystèmes martiens par les microorganismes terrestres que nous ne manquerions pas de trimballer avec nous, quelles que soient les précautions prises. On se trouve dès lors dans une belle impasse, que Labrot formule ainsi :

« La découverte de formes de vie sur la planète Mars aura alors une conséquence inattendue : celle d’empêcher tout débarquement humain. (…) Il est assez paradoxal de penser que si la réalité dépasse nos rêves, et qu’un écosystème existe encore aujourd’hui sur Mars, il nous faudra l’étudier par procuration, grâce à des robots commandés en temps réel depuis un avant-poste implanté sur Phobos, et non pas de nos propres mains. L’étude de Mars continuera donc d’être ce qu’elle a été depuis le début, un travail à distance, jusqu’à ce qu’un jour enfin les écosystèmes martiens soient entièrement caractérisés, et que le danger d’une éventuelle contamination croisée soit définitivement écarté. »

Si cette vision est juste, je la trouve réconfortante : laisser la vie sur Mars tranquille afin de ne pas y apporter la mort. Je me repose sur elle pour me persuader que la dernière trouvaille en date de la compagnie néerlandaise Mars One, sélectionner, sous la forme d’une télé-réalité, et envoyer des candidats dans un Loft martien en 2023, n’a aucune chance de voir le jour, tout au moins pour la partie spatiale du projet.

La page Wikipédia française consacrée à Mars One détaille les limites techniques, humaines et financières du projet, qui prétend parvenir à ses fins sur la base des techniques actuelles (capsule Dragon et lanceur Falcon Heavy de Space X, notamment) et pour la modique somme de 6 milliards de dollars. Les limites psychologiques me semblent les plus insurmontables : celles liées au voyage et à la vie sur Mars, bien sûr, mais aussi celles liées aux sept ans de sélection passés à faire de la télé-réalité. Je doute que quiconque survive à ça. Surtout avec Denis Brogniart aux manettes.

Si le projet marche malgré tout, ce n’est pas vraiment de la vie qu’on enverra sur Mars, mais des morts en sursis, puisque le voyage serait sans retour. Des milliards de téléspectateurs rivés devant leur écran à guetter la mort prochaine de leurs semblables, quel réjouissant programme. Qui nous ramène à la girl with the mousy hair de Life on Mars? :

And she’s hooked to the silver screen
But the film is a saddening bore
For she’s lived it ten times or more
She could spit in the eyes of fools
As they ask her to focus on

David Bowie avait tout compris. Comme d’habitude.

 

Curiosity sur Mars en 10 chiffres

Départ imminent ! Mars Science Laboratory (MSL) devrait décoller le 26 novembre 2011 à partir de 16 h 02, heure de Paris). Si tout se passe comme prévu, le rover Curiosity, véritable laboratoire de chimie ambulant, explorera les pentes du cratère Gale en août 2012 pour traquer des indices de l’habitabilité passée de Mars. Le point sur cette mission en 10 chiffres clés.

 

1

Contrairement à ses prédécesseurs, les jumeaux Opportunity et Spirit, Curiosity ne partira qu’en un seul exemplaire. Pas de droit à l’erreur pour la Nasa, qui a apporté diverses innovations à la procédure d’entrée dans l’atmosphère, de descente et d’atterrissage. Trop lourd pour être largué dans des airbags, Curiosity devrait se poser en douceur sur le sol martien grâce à une technique combinant descente sous parachute, descente propulsée et dépose finale au sol à l’aide d’une grue. Le tout sous l’œil attentif des deux sondes Mars Odyssey et MRO qui communiqueront toutes les informations utiles en cas de problème.

 

3 (m)

C’est la longueur du rover, véritable petite voiture autonome de 900 kg. Un Goliath en regard de ses prédécesseurs qui n’affichaient que 174 kg sur la balance. Ce gigantisme est un atout majeur pour MSL : pouvoir charrier 80 kg d’instrumentation scientifique contre 6,8 kg pour MER, la mission précédente – les sondes Viking étaient, elles, aussi lourdement équipées, mais elles ne se déplaçaient pas !.

 

6

C’est le nombre de roues de Curiosity. Une technologie héritée des rovers précédents, mais portée à l’échelon supérieur. Alors que la saga Spirit avait été ponctuée par le blocage d’une de ses roues puis par son ensablement définitif à la surface de la planète rouge, on espère pour cette mission que la roue va tourner, et bien : Curiosity sera capable d’escalader des obstacles de 65 cm (soit plus que les 50 cm de diamètre de ses roues), de gravir des pentes de 45° et de comprendre qu’une de ses roues est enlisée afin de ne pas aggraver la situation en patinant inutilement.

 

20 (km)

C’est la précision d’atterrissage de MSL (photo du bas), contre 70 km pour MER, qui n’aurait donc pas pu viser un site tel que Gale. C’est aussi l’autonomie minimale prévue du rover… Autant dire qu’un atterrissage un peu trop excentré ne laisserait ensuite guère de place aux fantaisies de parcours pour explorer les formations géologiques inconnues des pentes du cratère.

en jaune, la zone d’atterrissage au Nord du cratère Gale, retenu parmi une trentaine de sites candidats passés à la loupe de la sonde MRO

 

74

C’est le nombre minimum d’échantillons du sol martien que Curiosity devrait analyser, à raison de 6 heures de mesures scientifiques quotidiennes. Capable de chauffer les échantillons jusqu’à 1100°C, le rover sera en mesure de découvrir des molécules organiques (les CHNOPS, carbone, hydrogène, azote, oxygène, phosphore et soufre) sensées être présentes sur le sol martien, mais que les antiques sondes Viking n’avaient pu débusquer dans les années 1970.

 

au sommet du mât de Curiosity, la ChemCam (caméra chimique) récoltera la lumière émise par les roches chauffées par son laser d’une portée de 9m afin d’en analyser la composition

 

110 (W)

C’est la puissance électrique qui permettra au rover d’alimenter en continu ses batteries. De quoi faire fonctionner (pas en même temps, bien sûr !) son bras robotique, les moteurs de ses roues, son informatique et son système de communication, ainsi que ses 10 instruments scientifiques qui en font un véritable robot chimiste (2 d’analyse à distance situés sur le mât, 2 d’analyse au contact situés au bout du bras robotique, 2 labos d’analyse d’échantillons de sol ou de roches, 4 instruments d’analyse de l’environnement martien).

 

238

C’est l’isotope du plutonium (238Pu) utilisé dans le GTR (générateur thermoélectrique à radioisotope) du rover. En se désintégrant, une charge de 4,8 kg de matériau radioactif produira de la chaleur, transformée en électricité par des thermocouples. Cette source d’énergie est couramment employée par la Nasa en raison de sa puissance et de sa fiabilité. Elle permettra d’évacuer les contraintes de rendement des précédents astromobiles, équipés des panneaux solaires, lors des hivernages martiens. Sa durée de vie par définition limitée est tout de même confortable : a minima une année martienne, soit 687 jours terrestres, et sans doute beaucoup plus puisque le GTR devrait encore fournir 100 W électriques après 14 années terrestres de fonctionnement. À cette date, même l’increvable Opportunity aura sans nul doute cessé de fonctionner.

 

300 (m)

C’est en dessous de cette altitude, donc dans les parties les plus basses du pic central du cratère Gale, que Curiosity trouvera son bonheur géologique : des argiles. Ces roches se forment en présence d’eau au pH modéré et témoignent donc d’un environnement qui put jadis être propice à la vie. Le pic du cratère Gale présente des centaines de strates formant une butte comparée aux Rocheuses et qui semblent révéler les changements environnementaux survenus sur Mars il y a environ 3,5 milliards d’années : plus on monte et plus les argiles laissent la place aux sulfates, signalant l’assèchement de la planète.

c’est cher… mais c’est beau !

5000 (m)

C’est la hauteur approximative du pic qui domine le cratère Gale. Pour la Nasa, un paysage plus photogénique que les plaines sableuses interminables où Oppy et Spirit peinaient à progresser, n’offrant au grand public que des vues très monotones. Les mauvaises langues diront que les objectifs de communication de l’agence américaine ont prévalu sur l’intérêt scientifique d’autres sites candidats, plus riches en argiles, et défendus en particulier par la communauté d’astronomes français.

 

2 500 000 000 ($)

C’est le budget considérable de MSL (contre 800 millions pour MER). Une mission qui aura été, selon la Nasa, la plus compliquée à mettre sur pied en dehors des vols habités, et qui aura connu moult glissements de calendrier et renoncements techniques (les caméras 3D embarquées de James Cameron, pour le dernier en date).

Rendez-vous en août 2012 pour assister aux très attendus premiers tours de roue de Curiosity.

Espoir enterré

Cette fois, on peut brancher Hervé Vilard : “Spirit, c’est finiiii…” La Nasa a officiellement, mais pudiquement, déclaré, le 25 mai 2011, que la mission de Spirit sur Mars était “terminée”.

En langage clair, tous les moyens de la mission MER (Mars Exploration Rover) sont désormais affectés à l’astromobile survivant, Opportunity, le jumeau de Spirit. La dernière communication de Spirit datait du 22 mars 2010. Il y avait peu de chance que le robot ait survécu à un nouvel hiver martien. La Nasa s’était essayée à diverses manoeuvres pour tenter de renouer le conctact ces derniers mois, profitant du surcroît d’énergie solaire du printemps. En vain. Le rideau est définitivement tiré sur une aventure commencée en 2004.

Bilan pour Spirit : 7,73 kilomètres parcourus (12 fois plus que l’objectif initial), dont près d’1 km en marche arrière à cause d’une roue avant bloquée ; des balades sur des pentes à 30 degrés (premier robot à franchir une colline sur une autre planète, un exploit original, non ?) ; 124000 prises de vue ; 15 rochers gratouillés et examinés et en détail ; et la découverte, fortuitement, grâce à sa patte folle, d’un sol de silice, témoin probable de l’existence passée de conditions favorables à une vie microbienne (source chaude ou jets de vapeur) .

Un beau palmarès, en fin de compte, que la Nasa relate dans cette sorte d’oraison funèbre “stay positive”, surtout intéressante pour les images :

C’est désormais Opportunity qu’on va suivre à la trace. Lancé à l’assaut des remparts du cratère Endeavour, le jumeau de Spirit semble donner des signes de moins bien : il laisse depuis peu de bizarres “traces de pas”… en fait dues à un problème de roue avant… bis repetita ?

Oppy marche tellement bien qu'il laisse des traces de pas ! (sur la gauche)

vue sur MER : l’un part, l’autre reste

ci-gît Spirit

Les destinées des deux astromobiles de la mission MER (Mars Exploration Rover) semblent irrémédiablement contraires. Pour Spirit, l’optimisme de façade affiché par le Jet Propulsion Laboratory (JPL) au début du mois de mars est retombé.

La période martienne d’ensoleillement maximale (donc d’approvisionnement en énergie) étant dépassée, les efforts déployés pour renouer le contact avec Spirit semblent désormais voués à l’échec. Semaine après semaine, les communiqués du JPL commencent invariablement par ces termes : « Spirit Remains Silent at Troy » (“Troie” est le nom du site où le rover s’est définitivement enlisé). On ne nie plus l’évidence : le silence prolongé de Spirit indique qu’il est affligé d’un problème “plus grave qu’une simple panne de courant”. Faute de pouvoir rétablir les communications avec son rover, la NASA a indiqué qu’elle allait réduirait la voilure et réaffecter ses moyens, vraisemblablement fin avril, pour se concentrer sur Opportunity

Opportunity se relance

Opportunity, le jumeau de Spirit affiche lui une forme insolente. L’infatigable rover est reparti dans son long trek à travers les dunes des plaines martiennes de Meridiani Planum.

Il vise Endeavour, un superbe cratère de 22 km de diamètre et 300 m de profondeur auprès duquel ceux qu’il a déjà explorés font figure de simples trous de souris. L’arrivée est en altitude : les remparts rocheux d’Endavour dominent le paysage désertique environnant d’une cinquantaine de mètres – une véritable montagne pour un rover. La dernière droite est encore longue : 6,5 km, depuis Santa Maria, le petit cratère près duquel Opportunity avait halte depuis décembre 2010, le temps de tripoter quelques cailloux. D’autant que la progression du rover est lente : 60 m, 100 m par jour… des sauts de puces entrecoupés de période d’immobilité, lorsque les conditions ou les signaux d’anomalie poussent les pilotes à distance à jouer la carte de la prudence avec leur dernier rover en course. Peut-être la perspective d’un record de distance est-elle un aiguillon pour Opportunity. Avec 27,5 km au compteur depuis son arrivée sur la planète rouge le 25 janvier 2004, l’astromobile martien approche du vieux record de 37 km parcourus à la surface de la Lune en 1973 par le robot russe Lunokhod 2.

Curiositiy, la relève

à côté de Cursiosity, Spirit et Opportunity sont des jouets

La Nasa le présente comme l’équivalent d’une Mini Cooper. Pas franchement une assurance tous risques en terrain sablonneux… Le rover sera doté de 6 roues de 50 cm de diamètre, sensées lui permettre de passer des obstacles de 75 cm. Mais sans lui garantir de ne pas ensabler ses 900 kg. Côté propulsion, il disposera d’une pile nucléaire et ne sera ainsi plus tributaire du soleil martien. Il faudra malgré cela piloter fin pour éviter la casse, car cette nouvelle mission n’aura pas le droit à l’erreur : Curiosity a coûté 2,5 milliards de dollars, une facture salée qui interdit de l’envoyer en deux exemplaires. Le lancement à suivre fin 2011 s’annonce comme une nouvelle histoire à suspense.

fighting (for) Spirit

Cela va faire un an que Spirit, le rover de la Nasa enlisé dans les sables de Mars, reste obstinément muet. Pas un bip, rien. Un silence inquiétant pour les parents, les ingénieurs du Jet Propulsion Laboratory (JPL) de Pasadena en Californie, principal centre américain pour l’exploration robotique du système solaire. Ils poursuivent malgré tout leurs efforts pour rétablir le contact, tablant sur une période plus propices aux retrouvailles.

"pour l'illustration, j'avais demandé UN rover gelé, pas UNE..."

Mars est en effet sortie de conjonction solaire : après environ deux semaines de blackout total des communications terre-mars en raison du passage de la planète rouge derrière le soleil (ce qui ne se produit heureusement que tous les 26 mois), les tentatives de liaison avec Spirit ont pu reprendre. Elles bénéficieront en outre dans les jours à venir de conditions optimales puisque le Soleil sera à son plus haut dans le ciel martien à la mi-mars, permettant à Spirit de produire un maximum d’énergie grâce à ses panneaux solaires. Au-delà de cette période, les espoirs de retrouvailles s’amenuiseront par contre singulièrement. Le rover ne devrait pas réchapper des rigueurs d’un nouvel hiver martien.

Mettant à profit cette dernière chance, le staff du JPL a mis les bouchées doubles. Les ingénieurs ont accru et perfectionné leur technique du « sweep and beep » : plutôt que de se contenter d’attendre les moments où Spirit doit se manifester, il s’agit de stimuler sa réponse en lui envoyant des signaux incitatifs.  Toutes les éventualités de dysfonctionnements ont été prises en compte. Il est notamment possible qu’en raison d’une horloge défectueuse le robot ne sache plus quelle heure il est, donc quand émettre. Il se pourrait aussi que sa fréquence de réception soit déréglée, ce qui conduit le JPL à diversifier sa fréquence d’émission. Autre hypothèse, plus sombre, Spirit peut n’être jamais sorti de sa torpeur suite au précédent hiver martien ; rien n’indique en effet que ses fonctions vitales aient été préservées.

"vous n'oublierez pas vos ferrailles en repartant !"

L’optimisme prévaut toutefois au JPL. En effet, pour beaucoup, la longue histoire avec Spirit a forgé un véritable attachement. D’autant que le robot leur en a déjà fait voir de toutes les couleurs : les premières pannes de communication deux semaines seulement après l’atterrissage (avant même que son jumeau Opportunity débarque), puis un bug de l’ordinateur de bord, une des six roue qui reste coincée, ce qui le contraindra à crapahuter à reculons pour le restant de la mission, et, pour finir, l’enlisement à la surface de la planète rouge en avril 2009.

Credit: NASA/JPL-Caltech/Cornell University

"ensablé pour l'éternité avec cette vue... la lose"

Malgré de multiples tentatives de sauvetage (et la construction sur terre d’un bac à sable reconstituant son environnement pour pouvoir tester toutes les solutions), il fallut se résoudre à l’immobilité définitive de Spirit, officiellement et opportunément promu d’astromobile à station de recherche fixe. Le rover ne bougeait plus mais continuait vaille que vaille sa mission.

Une abnégation qui alimente l’espoir que Spirit s’en sorte une dernière fois.

la triste histoire de Spirit vue par xkcd.com