tests de culture animale (insane lectures #1)

facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail

Une antienne du discours sur la science actuelle la décrit comme stérile en découvertes majeures… Faux ! clame le journaliste Michel de Pracontal dans son dernier ouvrage, Kaluchua : une « révolution copernicienne des sciences de la vie » s’opère en ce moment-même.

Kaluchua est une translittération du mot anglais culture prononcé par les Japonais. Forgé dans les années 1950 par Kinji Imanishi, pionnier des études de terrain sur les primates, ce mot posait l’existence des cultures animales et mettait bas la traditionnelle opposition entre nature et culture.

De Pracontal narre avec talent cette épopée de l’éthologie en mettant en scène de façon rythmée des protagonistes attachants : ces mésanges voleuses de lait, ces baleines chanteuses, ces doctes suricates, ou Imo, cette petite macaque qui bouleversa les habitudes culinaires de ses congénères. Chacun révèle un comportement fascinant et tous nous disent combien la conception mécaniste de l’animal-machine est dépassée.

La force du livre réside aussi dans sa capacité à mettre en scène les scientifiques qui sortirent l’éthologie du laboratoire où elle était confinée. Cette histoire semble nourrie d’antagonismes forts entre chercheurs en laboratoire, qui tiennent l’animal pour un robot biologique téléguidé par ses gênes, et partisans du terrain, qui l’élèvent au rang de sujet, digne de culture.

"Boom boom hok-oo hok-oo krak-oo krak-oo !" ("je lis le bLoug tous les matins")

Qu’en est-il concrètement de cette opposition dans l’éthologie actuelle ? Alban Lemasson étudie la communication vocale et la vie sociale des primates au Laboratoire d’éthologie animale et humaine de l’Université Rennes 1 (EthoS). La geste conflictuelle comptée dans Kaluchua ne cadre pas réellement avec son quotidien. Et pour cause : ce chercheur mène conjointement recherches en milieu naturel et en laboratoire : « Les deux approches sont en fait complémentaires et indispensables » plaide-t-il. Bien plus, l’observation de terrain seule n’est pas la panacée. Prenons les mones de Campbell, singes cercopithèques sur lesquels travaille Alban Lemasson : impossible de savoir si les femelles de cette espèce ont voix au chapitre en milieu naturel car leur cri est très faible. C’est donc en laboratoire qu’Alban Lemasson a pu étudier leurs cris… et découvrir leur incroyable plasticité. « Ces singes ont un répertoire vocal qui n’est pas figé », explique-t-il. « Ils sont capables d’abandonner des cris inutiles et d’en créer de nouveaux : en laboratoire, un cri signifiant ‘alerte homme’ a été inventé pour remplacer le caduque ‘alerte léopard’ ».

Alban Lemasson reconnaît que cette approche mixte n’est pas la norme en éthologie. Il ne rencontre pas de véritable opposition parmi ses pairs mais une propension latente à relativiser l’importance des cultures animales, souligner ce qu’elles peuvent avoir de « simpliste », bref à sauver le soi-disant propre de l’homme.

Kaluchua est sous-titré: « cultures, techniques et traditions des sociétés animales ». N’aurait-on pas pu remplacer « animales » par « scientifiques » ?

Kaluchua, de Michel de Pracontal, Éditions du Seuil, Collection Science Ouverte , 2010, 187 pp., 17€

facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.