tous en Anthropocène ! (insane lectures #4)

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achetez et lisez Voyage dans l’Anthropocène, de Claude Lorius et Laurent Carpentier, ça va vous faire fondre…

(insane lectures #4)


le récit d’un grand témoin

Terre Adélie, 1965. Le glaciologue Claude Lorius regarde éclater les bulles d’air d’une glace ancestrale dans son whisky… Et réalise que les glaces contiennent les archives de l’atmosphère ! L’anecdote est à l’image de ce formidable récit qui entremêle aventure humaine et appel à un éveil des consciences. Il raconte la communauté internationale des « polaires », l’amitié et l’entraide, la difficulté des campagnes de carottages en Antarctique. Il nous alerte aussi et nous donne les clés pour comprendre cette découverte inquiétante : l’homme a pris le pas sur les cycles naturels, les glaces le prouvent. Devenu force géophysique, l’humanité modèle la planète et ouvre sa propre ère géologique : l’Anthropocène. Il n’y a pas de leçon dans ce voyage, mais un besoin indispensable de raconter, et le plaisir du lecteur n’en que plus grand.

(LB, critique parue dans Ciel & Espace, n°493, juin 2011)

Voyage dans l’Anthropocène, Claude Lorius et Laurent Carpentier, éditions Actes Sud, 200 p., 19,80 €

 


Échelle des temps géologiques incorporant l’Anthropocène. Source : The Economist

Ecoutez Claude Lorius, la tête penchée, comme alourdie par le poids de ce savoir, raconter comment la science a trouvé dans les glaces la preuve irréfutable que l’homme avait pris le pas sur les cycles naturels :

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3 arguments pour les réticents :

  • Le livre est beau (ça paraît idiot mais les éditeurs français ont du mal à comprendre que les livres de science ont aussi le droit à quelques égards esthétiques)
  • Belle performance d’écrivain du journaliste Laurent Carpentier : voici un livre écrit à 4 mains dont on voit bien, pour une fois, ce qu’apporte la paire additionnelle !
  • En fait, c’est aussi un roman d’aventure : c’est elle (et non le goût pour la science) qui pousse le jeune Lorius, 23 ans, à envoyer une photo de lui en footballeur pour convaincre de sa résistance physique et son désir de se frotter à la nature…  c’est donc grâce au foot qu’il sera déposé en Terre Adélie en décembre 1956  par « un phoquier puant et graisseux » pour participer au premier hivernage en antarctique…

 

profitez de l’Holocène jusqu’en août 2012, si les journalistes vous en laissent le temps

Lorius n’a pas inventé le néologisme d’Anthropocène : sa première occurrence remonte à un ouvrage du journaliste Andrew Revkin en 1992 et il a été popularisé par le prix Nobel de chimie Paul Crutzen. Crutzen fait débuter cette époque en 1784, date du brevet de la machine à vapeur par James Watt, prémice de la révolution industrielle. Il faudra attendre la 34e édition du Congrès géologique international, qui aura lieu du 2 au 10 août 20121 à Brisbane, en Australie, pour savoir si nous entrons officiellement dans l’ère de l’Anthropocène ou si nous restons dans celle de l’Holocène (nous n’y sommes que depuis 11700 ans, soit un laps de temps ridiculement court à l’échelle des temps géologiques ; télécharger la charte des dénominations officielles). C’est la Commission internationale de stratigraphie qui tranchera (cette commission dépend de l’UISG et statue officiellement sur la dénomination et le calibrage des différentes divisions et subdivisions des temps géologiques).

Pour l’heure, aucune de ces instances officielles ne semble beaucoup se préoccuper de ce petit problème de dénomination. Cela ne gêne pas certains journalistes, qui s’emballent un peu et annoncent que l’Anthropocène est terminée avant même d’avoir officiellement débuté ! C’est le cas d’Agnès Sinaï, journaliste environnementale qui prophétise dans Le Monde que Fukushima sonne le glas de l’Anthropocène (les événements du Japon représentant à ses yeux « l’épicentre symbolique de l’ère de l’anthropocène » ; en arrière-plan du raisonnement une critique du productivisme de type décroissant et la promesse de lendemains fracassants).

Comme nous sortons d’une ère qui n’existe pas encore, ne nous gênons pas pour trouver quand même un nom à celle dans laquelle nous allons entrer… Si vous commencez à être perdus, Alain Grandjean s’en charge pour vous sur terraeco.net et assène ses certitudes : « De mon côté, je n’ai pas l’ombre d’une hésitation. La prochaine ère sera le noocène. Non que l’être humain soit amené à se désincarner et à se transformer en pur esprit. Mais plus simplement parce que le système de valeurs dominant aujourd’hui (assez bien illustré par le film Avatar) est à la fois létal et mortel. »

Noocène renvoie explicitement à la noosphère, inventée par Vladimir Vernadsky, un biogéochimiste russe, et reprise et popularisée par le jésuite et paléoanthropologue français Pierre Teilhard de Chardin… Ce petit prurit de spiritualité sous couvert géologique laisse à penser qu’on n’en a malheureusement pas fini avec le retour du religieux…


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