Yaël Nazé, Voyager dans l’espace

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L’espace, mode d’emploi

La rubrique livres du bloug, épisode 13

Fureter dans le Système solaire n’est pas une si mince affaire qu’il y paraît, ainsi que le rappelle la mise sur la sellette récente des projets de missions habitées vers Mars. Pourtant, l’espace est tout proche – cent kilomètres à peine au-dessus du plancher des vaches – et l’atteindre un défi que nous relevons déjà depuis plusieurs décennies. Seulement voilà, parcourir ces 100 kilomètres à la verticale est infiniment plus complexe que de les accomplir bien horizontalement, en voiture sur l’autoroute, ainsi que nous l’explique l’astrophysicienne belge Yaël Nazé dans un petit ouvrage abordant le vol spatial de façon concrète et ludique : pourquoi diable se rendre dans l’espace ? Comment s’y prendre ? Quand partir et quel trajet suivre pour parvenir à destination ? Et une fois là-haut, à quelles difficultés s’attendre ?

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Autant de sujets qui pourraient devenir rébarbatifs, mais que l’auteure, spécialiste des étoiles massives à l’Institut d’Astrophysique et de Géophysique de l’Université de Liège, s’entend à merveille à faire décoller, en les rendant accessibles et vivants. Ainsi l’inévitable entrée en matière historique est-elle « boostée » par les fusées à poudre médiévale chinoises et s’arrête-t-elle au vol suborbital de la fusée V2, en juin 1944, présentée, une fois n’est pas coutume, comme une arme « minable ». Happé, le lecteur ne risquera pas, ensuite, de s’égarer, même s’il n’a aucune notion de ce que sont les « points de Lagrange » ou l’ « effet fronde », s’il ignore pourquoi il est impossible de virer brutalement dans l’espace, à quoi sert une antenne LGA ou combien la poussière lunaire est embarrassante. Car l’auteure, voix singulière de la vulgarisation, se fait entendre à coups de formules bien senties et parfois drôles, évoquant cette satanée planète qui « nous tient plus fort qu’une bigote étreignant son rosaire » ou comparant certaines missions à « un trekking en Afghanistan ».

Elle sait aussi et surtout se faire comprendre, filant souvent la métaphore utile (le vaisseau vu comme un être vivant doté d’un squelette, d’un cerveau, de peau, de sang et d’organes), n’hésitant pas à raccorder le lecteur à son quotidien (savez-vous qu’avec une simple chaise à roulettes et un gros ballon de basket vous pouvez ressentir les sensations de la propulsion spatiale ?) et à mobiliser son attention en restreignant le jargon (les propulsions ionique et électromagnétique « valent leur pesant de cacahuètes ») – quitte à faire un usage (immodéré !) de la forme exclamative. Ceci sans rien sacrifier au sérieux, grâce à de très nombreux encadrés, tableaux et illustrations qui permettront même aux plus réticents en physique de saisir aisément ce qu’il faut de mécanique céleste. Si, apprend-on parmi mille détails, les Français dépensent autant en jeux de hasard qu’ils contribuent au spatial européen via l’ESA, on ne saurait trop leur conseiller de rogner sur la première catégorie afin de se procurer cet impeccable précis du voyage dans l’espace.

Yaël Nazé, Voyager dans l’espace, CNRS éditions, 2013, 144 p., 22€

Critique parue dans Le Monde (Science et médecine) du 18 septembre 2013

 

 

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